15 juillet 2026
Les 50 ans de Peggy
Lac de Côme, Italie
Un décor parfait. Un coucher de soleil. Rien.
Sans suite
Peggy & Freddy
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Une exposition, une question, et une réponse.
Avant de commencer
Vendredi 21 août 2026, à Chindrieux, une exposition de photographies ouvrait ses portes dans une salle de l’école du village. Un vernissage, des paysages encadrés, et une œuvre que personne n’avait vue venir.
Ce qui suit est l’histoire telle que Peggy la raconte : une bague offerte au mauvais moment, une vision en nettoyant les carreaux, un appel de bijoutier entendu par mégarde, trois rendez-vous manqués — et une enquête menée avec beaucoup de méthode et absolument aucun résultat.
Deux chapitres — puis l’exposition
Acte I
Ou comment Freddy a failli se fiancer sans même le savoir…
Notre histoire commence le 6 août 2016.
Le premier jour
6 août 2016
Peggy rencontre Freddy.
À ce moment-là, évidemment, aucun des deux ne sait encore qu’une dizaine d’années plus tard, leur histoire mériterait presque un livre. Un livre fait d’amour, de galères, de fous rires, de copains, de famille… et surtout de quelques grands moments de solitude.
Et parmi eux, il y eut LA BAGUE.
Nous sommes en 2017.
Peggy et Freddy se rendent chez leur amie Nathalie pour assister à une réunion de bijoux Victoria. Le principe est un peu celui des célèbres réunions Tupperware, sauf qu’au lieu de repartir avec une boîte pour conserver les restes du gratin, on risque de rentrer chez soi avec des boucles d’oreilles, un bracelet… ou, dans le cas de Peggy, beaucoup trop d’espoir.
Ce jour-là, Peggy aperçoit une bague.
Elle la trouve très jolie.
Et Freddy, dans un magnifique élan de générosité et avec toute l’assurance du Don Juan qu’il pense probablement être, lui lance :
« Tu la veux ? Je te l’offre ! »
Erreur.
Énorme erreur.
Car dans le cerveau de Freddy, cette phrase signifie simplement :
« Cette bague te plaît, je vais te faire plaisir. »
Dans celui de Peggy, en revanche, un tout autre film vient de commencer.
Une bague offerte par l’homme qu’on aime, ce n’est pas un grille-pain.
Une bague, ça a un symbole.
Et pour Peggy, ce symbole est évident : celui des fiançailles.
À partir de cet instant, elle attend donc patiemment la livraison du fameux bijou, persuadée que Monsieur prépare forcément quelque chose.
Peut-être un dîner romantique ?
Quelques bougies ?
Un joli discours ?
Une petite déclaration ?
Bon… inutile d’imaginer Freddy arrivant à cheval au coucher du soleil, Peggy n’en demandait pas tant.
Mais tout de même.
Une remise de bague en bonne et due forme.
Trois semaines passent.
Et puis vient enfin LE grand jour.
Peggy est dans la cuisine.
Elle fait la vaisselle.
Ambiance glamour au possible.
Les mains dans l’eau, de la mousse jusqu’aux coudes, probablement une assiette dans une main et une éponge dans l’autre.
Freddy s’approche.
Ça y est…
Le moment serait-il arrivé ?
Il dépose tranquillement un petit coffret sur le bord de l’évier et annonce :
« Tiens, on a reçu ta bague. »
Puis il repart.
Voilà.
Fin de la cérémonie.
Pas de genou à terre.
Pas de déclaration.
Pas de « veux-tu… ».
Pas même un petit effet de suspense.
Un coffret posé entre le liquide vaisselle et l’éponge.
Bague Victoria, 2017
Jamais portée
Freddy venait d’inventer la demande en fiançailles version Chronopost :
« Votre colis a bien été livré. Merci et bonne journée. »
Peggy reste là, avec sa mousse jusqu’aux coudes et ses rêves romantiques qui viennent de se noyer dans l’eau de vaisselle.
Elle trouve la scène tellement peu classe qu’elle décide de faire ce que toute femme parfaitement raisonnable aurait fait dans ces circonstances :
elle lui fait la tête pendant deux jours.
Et surtout…
elle ne portera jamais la bague.
Il faudra évidemment expliquer à Freddy pourquoi.
Peggy lui explique alors que, pour elle, offrir une bague à la femme avec laquelle on partage sa vie n’est pas tout à fait anodin. Une bague représente un engagement, une promesse, une façon de dire que l’on se choisit l’un l’autre.
Freddy écoute.
Et répond avec cette délicatesse légendaire qui, quelques années plus tard, fera encore rire tous leurs amis :
« Ah bah, des bagues, j’en ai déjà offert plein ! C’est pas pour ça que je me suis fiancé ! »
…
Merci Freddy.
Nous voilà rassurés.
Il venait non seulement de confirmer qu’il n’avait absolument pas demandé Peggy en fiançailles, mais également de lui préciser qu’elle n’était visiblement pas la première bénéficiaire de son programme de fidélité bijouterie.
À cet instant, une chose devient parfaitement claire :
Peggy et Freddy n’ont absolument pas la même définition du mot “bague”.
Pour lui : un bijou.
Pour elle : un symbole.
Et cette histoire aurait pu s’arrêter là.
Sauf qu’elle était beaucoup trop belle pour être oubliée.
Au fil des années, la fameuse histoire de la bague Victoria devient une légende parmi leurs amis.
Peggy la raconte.
Freddy se défend.
Les copains s’en mêlent.
Et chacun prend un malin plaisir à rappeler régulièrement à Freddy cette extraordinaire demande en fiançailles qu’il n’avait jamais faite.
Pendant des années, on le chambre.
On plaisante.
On ressort l’histoire.
Cette bague que Peggy n’a jamais portée devient presque un personnage à part entière de leur histoire.
Personne ne le sait encore, mais cette petite anecdote de 2017 allait un jour prendre une tout autre dimension.
Parce que Freddy, lui, n’avait visiblement pas oublié.
Et presque dix ans après leur rencontre, le Don Juan de la cuisine allait avoir l’occasion de se rattraper.
Et cette fois-ci…
il allait mettre le paquet.
Acte II
Ou comment Peggy a découvert qu’il était très compliqué d’attendre une demande en mariage quand on sait qu’une bague Mauboussin se promène quelque part…
Les années ont passé.
La fameuse bague Victoria de 2017 est devenue une légende familiale, un sujet de plaisanterie que les amis ressortent régulièrement à Freddy, mais curieusement, le mariage et les fiançailles ne sont jamais réellement revenus sur la table.
Peggy et Freddy construisent leur vie.
Ils traversent les années, les bons moments, les moins bons, les projets, les galères, les souvenirs.
Et 2026 arrive.
Une année un peu particulière.
Le 15 juillet 2026, Peggy fête ses 50 ans.
Et quelques semaines plus tard, le 10 août, Peggy et Freddy célèbrent leurs dix années d’amour.
Dix ans.
Un demi-siècle pour l’une.
Autant dire que, si un homme cherchait deux dates symboliques pour organiser quelque chose d’important, il avait l’embarras du choix.
Mais à ce moment-là, Peggy ne se doute encore de rien.
Enfin…
Presque rien.
21 juin 2026
Ce jour-là, Peggy fait ses carreaux.
Oui.
Encore une fois, les grands moments de sa vie semblent avoir une étrange tendance à se produire lorsqu’elle effectue des tâches ménagères.
En 2017, la bague était arrivée pendant la vaisselle.
En 2026, ce sera en nettoyant les vitres.
Peggy est accroupie lorsqu’elle est soudainement saisie par quelque chose qu’elle ne s’explique pas.
Une image.
Mais pas une simple pensée.
Pas une rêverie.
Pas une imagination qui vagabonde.
Une vision.
Courte.
Très courte.
Mais incroyablement nette.
Elle voit Freddy.
Il est habillé en marié.
Un costume sombre, peut-être bleu marine.
Une boutonnière.
Elle distingue également une mariée.
Curieusement, Peggy ne se voit pas elle-même.
Il y a un prêtre.
Derrière eux, un paysage verdoyant.
Tout ressemble indiscutablement à un mariage.
Freddy se marie.
Et puis une phrase lui vient.
Comme une petite voix intérieure.
Quelques mots qui, eux, n’ont absolument rien de romantique :
« Profite de cette journée, car la maladie rôde. »
La vision disparaît.
Peggy se redresse immédiatement.
Elle est abasourdie.
Presque effrayée.
Ce genre de chose ne lui est jamais arrivé de sa vie.
Elle ne reste donc pas seule avec cette sensation étrange et monte aussitôt dans le bureau de Freddy.
Elle lui raconte tout.
Le costume.
La boutonnière.
La mariée.
Le prêtre.
Le paysage verdoyant.
Et cette phrase inquiétante.
Freddy l’écoute.
Plus tard, lorsque Marine rentre du travail, Freddy lui raconte à son tour l’étrange anecdote.
Et Peggy remarque quelque chose.
Marine semble particulièrement attentive à cette histoire.
Sur le moment, elle n’y prête pas davantage attention.
Pourquoi l’aurait-elle fait ?
Peggy reste simplement très marquée par ce qu’elle vient de vivre.
Elle ignore encore à quel point cette vision prendra, quelques semaines plus tard, une saveur absolument incroyable.
Quelques semaines passent.
C’est l’été.
Il fait particulièrement chaud et, un samedi, Peggy et Freddy décident d’aller chez Boulanger acheter un vidéoprojecteur afin de pouvoir suivre les matchs dehors.
Ils font leur achat et reprennent la route.
Et c’est là que…
le téléphone de Freddy sonne.
Il décroche.
Peggy est assise juste à côté de lui dans la voiture.
À l’autre bout du fil, une voix de femme annonce très distinctement :
« Bijouterie de Grenoble, je vous appelle Monsieur Hureau pour votre bague Mauboussin… »
Silence.
Freddy comprend immédiatement qu’il y a un problème.
Un très gros problème.
Il tente de couper court à la conversation.
Quelques mots rapides.
Et il raccroche.
Dans la voiture…
grand blanc.
Freddy regarde la route.
Peggy regarde probablement Freddy.
Freddy sait que Peggy a entendu.
Peggy sait que Freddy sait qu’elle a entendu.
Et Freddy finit par poser LA question :
« Qu’est-ce que tu as compris de cet appel ? »
Question assez audacieuse.
Car à moins d’imaginer que Peggy venait mystérieusement de perdre l’ouïe pendant trente secondes, il était difficile de ne pas comprendre les mots :
BIJOUTERIE – BAGUE – MAUBOUSSIN – MONSIEUR HUREAU.
Peggy lui répète donc exactement ce qu’elle a entendu.
Freddy demande alors :
« Tu veux qu’on en parle ? »
Et là, Peggy prend son petit air digne.
Très digne.
Peut-être même légèrement théâtral.
Et lui répond :
« Non. Ce n’est pas nécessaire. Tu sais qu’entre toi et moi, une bague n’a pas la même signification. Donc je ne t’en parlerai pas. »
Rideau.
Freddy n’insiste pas.
Enfin…
Pas tout de suite.
Parce qu’une fois arrivé à la maison, visiblement tracassé par l’affaire, il revient à la charge :
« Tu veux qu’on en reparle ? »
Peggy maintient sa position.
« Non. Si tu as décidé de ne pas m’en parler, c’est qu’il y a une raison. Je te laisse faire. Si tu as besoin de m’en parler, tu le feras. »
Très belle réponse.
Très adulte.
Très respectueuse.
Le seul problème…
c’est que dans la tête de Peggy, à cet instant précis, un gigantesque scénario vient de démarrer.
Une bague Mauboussin.
Pour Freddy.
À quelques semaines de ses 50 ans.
À quelques semaines de leurs dix ans.
Soyons sérieux.
ÇA SENT LA DEMANDE EN MARIAGE.
Peggy vient donc d’expliquer très dignement à Freddy qu’elle ne posera aucune question.
Ce qui, dans son esprit, signifie apparemment :
aucune question à Freddy.
Pour les autres membres de la famille, en revanche, le règlement est beaucoup plus souple.
Le soir même, Peggy commence par Marine.
Après tout, Marine vit à la maison, connaît Freddy, connaît les enfants et semble, depuis cette fameuse vision du 21 juin, étrangement attentive à tout ce qui touche au mariage.
Peggy décide donc de la cuisiner.
Gentiment.
Discrètement.
Enfin… aussi discrètement que Peggy peut l’être lorsqu’elle veut absolument savoir quelque chose.
Elle évoque la bijouterie.
La bague.
Mauboussin.
Elle tente quelques questions.
Marine comprend immédiatement le danger.
Et adopte une stratégie remarquable :
elle ne sait rien.
Enfin…
Elle fait semblant de ne rien savoir.
Elle répond vaguement.
Elle ne confirme rien.
Elle ne dément rien.
Elle prend l’air de quelqu’un qui découvre presque l’existence de Mauboussin à l’instant même.
Une actrice.
Pas un indice.
Pas un regard de trop.
Pas un sourire suspect.
Circulez, Madame, il n’y a rien à voir.
Peggy ressort de cette conversation avec exactement autant d’informations qu’au départ.
C’est-à-dire aucune.
Mais elle ne renonce pas.
Quelques jours plus tard, elle décide de s’attaquer à quelqu’un qui, normalement, ne devrait pas pouvoir lui résister :
son propre fils, Vivaldy.
Et cette fois, Peggy sort l’arme absolue.
La culpabilité maternelle.
Après tout…
Elle est sa mère.
Elle l’a toujours aimé.
Elle l’a porté.
Elle l’a nourri.
Elle s’est occupée de lui lorsqu’il était malade.
Elle l’a accompagné pendant toutes les étapes de sa vie.
Et surtout…
argument ultime :
elle lui a nettoyé les fesses.
Alors quand même !
Après tout ce qu’une mère fait pour son fils, on pourrait raisonnablement penser qu’elle a gagné le droit, vingt-cinq ans plus tard, à une petite information sur une bague Mauboussin.
Peggy tente donc l’approche.
« Quand même, Vivaldy… Je suis ta maman ! Je t’ai toujours aimé, je me suis occupée de toi, je t’ai élevé… Je t’ai même nettoyé les fesses ! »
Sous-entendu évident :
« Maintenant, parle. »
Vivaldy se retrouve légèrement coincé.
Il est mal à l’aise.
Très mal à l’aise.
Il sait exactement où sa mère veut en venir.
Mais le garçon tient bon.
Et au lieu de céder devant vingt-cinq années d’amour maternel et quelques milliers de couches changées, il finit par répondre :
« Écoute… moi, je ne me mets pas entre vous. Vous vous débrouillez entre vous. »
…
Pardon ?
Super, le garçon.
Vingt-cinq ans d’investissement.
Des nuits blanches.
Des maladies.
Des repas.
Des lessives.
Des anniversaires.
Et surtout, rappelons-le :
DES FESSES NETTOYÉES.
Pour arriver finalement à :
« Débrouillez-vous entre vous. »
Très bien.
Merci Vivaldy.
La reconnaissance des enfants est une chose absolument magnifique.
À cet instant, Peggy ne le sait évidemment pas, mais Marine et Vivaldy viennent tous les deux de réussir brillamment leur première mission :
ne surtout rien dire à Peggy.
Et plus elle essaie de faire parler son entourage…
plus son entourage devient étrangement muet.
Peggy ne dit rien.
Elle attend.
Le 15 juillet 2026, elle fête ses 50 ans.
Et, mieux encore, ils sont au lac de Côme.
Le décor est parfait.
L’Italie.
Le lac.
Les montagnes.
Des paysages magnifiques.
Des terrasses sublimes.
Des vues romantiques à faire pâlir n’importe quelle publicité pour une bague Mauboussin.
Peggy profite de son anniversaire…
Mais quelque part, dans un petit coin de son cerveau, une pensée subsiste :
« C’est aujourd’hui. »
Peut-être ce soir.
Peut-être au restaurant.
Peut-être face au lac.
Peut-être au coucher du soleil.
Le décor est tellement parfait qu’il faudrait presque faire exprès pour ne pas demander quelqu’un en mariage ici.
La journée passe.
La soirée passe.
Le lac est toujours magnifique.
Freddy est toujours Freddy.
Et la bague…
n’apparaît pas.
Premier flop.
Bon.
Ce n’était donc pas pour ses 50 ans.
Pas grave.
Après tout…
Une autre date approche.
Et quelle date !
Le 10 août 2026, Peggy et Freddy célèbrent leurs dix années de relation.
Cette fois-ci, Peggy en est presque certaine.
Freddy a prévu de l’emmener dans un restaurant étoilé.
La soirée commence merveilleusement bien.
Sur le trajet, elle lui offre même une chanson créée spécialement pour lui.
Ils l’écoutent en boucle dans la voiture.
C’est romantique.
Touchant.
Le décor se met doucement en place.
Arrivés au restaurant, tout semble parfait.
Le lieu.
La vue.
L’ambiance.
Les fleurs.
Dix ans d’amour.
Une chanson.
Un restaurant étoilé.
Et quelque part, Peggy sait qu’une bague Mauboussin existe.
Dans sa tête, il n’y a plus beaucoup de suspense.
Elle pense :
« Au dessert. »
Évidemment.
Ce sera au dessert.
L’entrée passe.
Pas de bague.
Normal.
Le plat passe.
Toujours rien.
Évidemment.
Il attend le bon moment.
Puis vient le dessert.
Peggy observe probablement chaque mouvement de Freddy avec la discrétion d’un agent de la DGSI en opération.
Le dessert arrive.
Et un simple « joyeux anniversaire marqué sur l’assiette avec une petite bougie…
Sinon Rien.
Toujours rien.
Pas de coffret.
Pas de genou à terre.
Pas de Mauboussin.
Deuxième flop.
Alors là…
Ça devient curieux.
Le 15 août, jour de la Sainte-Marie, Freddy propose à Peggy d’aller à la messe.
Il pense à sa maman et dit qu’il aimerait aller à l’église.
Peggy l’accompagne.
Et évidemment…
le cerveau de Peggy redémarre.
Une église.
Le 15 août.
Une belle journée.
Un paysage magnifique.
Une atmosphère particulière.
Et cette fameuse vision du 21 juin où elle avait justement aperçu…
un prêtre.
Peggy commence donc à assembler les pièces du puzzle.
Ah…
Mais oui…
Bien sûr…
Il va le faire à la sortie de l’église le jour de la sainte Marie, en hommage à sa maman…
Et pour être tout à fait honnête, à ce stade, Freddy pouvait probablement simplement se pencher pour refaire son lacet et Peggy aurait déjà commencé à tendre la main gauche.
La messe se termine.
Ils sortent.
Le soleil brille.
Le cadre est parfait.
Freddy avance.
Peggy attend.
Et…
Rien.
Troisième flop.
Trois occasions magnifiques.
Trois certitudes.
Trois magnifiques gamelles sentimentales monumentales !
Les 50 ans : rien.
Les dix ans : rien.
L’église : rien.
Été 2026
15 juillet 2026
Lac de Côme, Italie
Un décor parfait. Un coucher de soleil. Rien.
Sans suite
10 août 2026
Restaurant étoilé
Une chanson, des fleurs, un dessert. Et une bougie.
Sans suite
15 août 2026
Sortie de l’église
Un prêtre, comme dans la vision. Toujours rien.
Sans suite
À ce stade, une nouvelle hypothèse commence malheureusement à traverser l’esprit de Peggy.
Et si…
la bague n’était pas pour elle ?
Parce qu’après tout, rappelons les faits.
Elle n’a jamais vu cette bague.
Elle n’a jamais vu de facture.
Elle a simplement entendu :
« Bijouterie de Grenoble… Monsieur Hureau… votre bague Mauboussin… »
Alors Peggy décide d’aller directement à la source.
La bijouterie de Grenoble.
Elle appelle.
Freddy est effectivement connu chez eux.
Son adresse est retrouvée.
Cela commence plutôt bien.
Peggy tente d’obtenir quelques informations supplémentaires.
Mais évidemment, secret professionnel oblige, personne ne va lui raconter les achats de Monsieur Hureau.
Dans l’après-midi, elle reçoit même un SMS lui confirmant qu’aucune information concernant un client Mauboussin ne peut lui être communiquée.
Merde.
La supercherie n’a pas fonctionné.
L’enquêtrice Peggy vient de se faire recaler dès le premier interrogatoire.
Et là, une autre pensée lui traverse l’esprit.
Et si Freddy apprenait qu’elle avait appelé ?
Peggy n’aime pas lui cacher des choses.
Même lorsqu’elle vient précisément de tenter d’obtenir en douce des renseignements sur sa bague.
Elle décide donc qu’elle va lui dire la vérité.
Le soir même.
Elle attend que Freddy soit tranquillement couché.
Paisible.
Sagement installé dans le lit.
Le moment idéal, donc, pour lui annoncer :
« J’ai quelque chose d’important à te dire. Et je pense que ça ne va pas te faire plaisir. »
Freddy se redresse immédiatement.
Il attrape une cigarette.
Son regard devient inquiet.
Très inquiet.
Peggy, elle, cherche simplement la meilleure façon de lui expliquer ce qu’elle a fait sans le froisser.
Elle réfléchit.
Elle hésite.
Quelques secondes passent.
Freddy commence à perdre patience.
« Mais dis-moi ! Qu’est-ce que tu as fait ? »
Peggy le regarde.
« Eh oh ! Calme-toi deux secondes ! Je réfléchis juste à la façon dont je vais te le dire ! »
Seulement, pendant que Peggy cherche ses mots…
Freddy, lui, est parti dans un tout autre scénario.
À la voir hésiter ainsi, il imagine qu’elle a peut-être fait une grosse bêtise.
Ou pire.
Il se demande même si cela ne concerne pas…
un autre homme.
Pendant quelques secondes, chacun se retrouve donc dans son propre film catastrophe.
Freddy pense probablement :
« Mais qu’est-ce qu’elle va m’avouer ? »
Peggy, elle, pense simplement :
« Comment je vais lui expliquer que j’ai appelé la bijouterie sans qu’il se vexe ? »
Finalement, elle se lance.
« J’ai appelé la bijouterie de Grenoble. »
Freddy la regarde.
Peggy lui explique qu’ils ont retrouvé son nom, son adresse, qu’elle a tenté d’obtenir davantage d’informations et qu’elle attendait éventuellement un retour.
Puis elle finit par lui dire ce qui la travaille réellement.
« Peut-être que cette bague n’est tout simplement pas destinée à moi. Alors si tu veux m’en parler, tu peux. »
Freddy la regarde.
Et il se met à rire.
Presque amusé par l’idée.
« Mais pourquoi j’offrirais une bague à une autre femme ? »
Peggy, elle, ne trouve pas cette hypothèse si absurde.
Après tout, elle a suffisamment vu de choses dans sa vie.
Et notamment au cours de ses années en politique.
Elle sait que les apparences peuvent parfois être trompeuses.
Elle sait que certains hommes savent parfaitement sourire, jouer les compagnons irréprochables…
tout en ayant une histoire cachée quelque part.
Elle lui répond donc qu’elle a suffisamment vu l’hypocrisie masculine pour savoir qu’une femme peut très bien exister dans l’ombre sans que personne ne s’en doute.
Freddy ricane.
Puis répond simplement :
« Il n’y a pas d’autre femme. »
Et c’est tout.
Pas une explication supplémentaire.
Pas un mot sur la bague.
Pas un indice.
Pas une date.
Pas un :
« Oui, elle est pour toi. »
Pas un :
« Non, tu te fais des films. »
Rien.
Mur de silence.
Freddy retourne dans sa forteresse.
Et Peggy reste exactement là où elle en était avant cette conversation.
Avec ses certitudes.
Ses doutes.
Ses suppositions.
Et surtout…
une bague Mauboussin quelque part dans la nature.
La seule chose qu’elle sait désormais avec certitude, c’est qu’il n’y aurait pas de maîtresse cachée.
Ce qui, reconnaissons-le, est déjà plutôt rassurant.
Mais pour le reste…
mystère total.
Peggy a tenté Marine.
Échec.
Vivaldy.
Échec.
La bijouterie.
Échec.
Freddy lui-même.
Mur de silence.
Il ne lui reste donc plus qu’une personne.
Damien.
Damien doit prochainement aller pêcher avec Freddy.
Le plan est simple.
Damien devra subtilement aborder le sujet.
Faire parler Freddy.
Comprendre cette histoire de bague.
Puis revenir faire son rapport à Peggy.
Un espion infiltré.
Un homme de confiance.
Une mission d’une importance capitale.
Tout est prévu.
Enfin…
C’est du moins ce que Peggy croit.
18 août 2026
Damien, Margaux et les enfants passent quelques jours de vacances à Chindrieux.
Ce soir-là, Peggy rentre du travail.
Sur la table, elle découvre un papier glacé.
Il annonce un vernissage, prévu le vendredi 21 août, à l’école maternelle de Chindrieux.
Un photographe — dont nous tairons encore le nom — y présente des photographies de paysages et de voyages.
Peggy regarde rapidement l’invitation.
Le plus drôle, c’est que dans cette maison, s’il y a bien quelqu’un qui aime la photographie…
c’est Peggy.
Et visiblement, ce soir-là…
elle s’en fiche complètement.
Elle prend donc le carton.
Direction :
la poubelle.
Quelques heures plus tard, Damien demande innocemment :
« Il n’y avait pas un papier sur la table pour un vernissage ? »
Peggy répond tranquillement :
« Si. Je l’ai mis à la poubelle. »
Et là, contre toute attente, Damien se découvre soudainement une passion dévorante pour la photographie de paysage.
« Mais attends ! On est en vacances, c’est juste à côté… Moi, ça m’intéresse, j’aimerais bien y aller ! »
Et puis ça fera vivre un peu le village, il ne se passe jamais rien ici ! »
Argument imparable.
Soutenons la culture locale.
Sauvons les vernissages de Chindrieux.
La pièce à conviction
Il aura fallu que Damien se découvre, ce soir-là, une passion subite pour la photographie de paysage.
Salle 1
Les œuvres accrochées ce soir-là. Toutes ont été prises par Freddy et Peggy, entre 2016 et 2026, sur les routes qu’ils ont faites ensemble.
Salle 2 — projection
Sur la route du restaurant, pour leurs dix ans, Peggy lui a offert une chanson. Freddy en a fait un film.
Œuvre no XI
Le montage vidéo sera installé ici prochainement.
no XI Nos dix ans Montage vidéo — Freddy, 2026 Sur une chanson de Peggy
Salle 3 — écoute
Écrite pour le 10 août 2026. Ils l’ont écoutée en boucle dans la voiture, juste avant le dessert qui n’a rien donné.
no XII Nos 10 ans Paroles et musique — Peggy, 2026
La dernière œuvre
Personne ne l’avait remarquée en entrant. Il a fallu arriver jusqu’au bout du mur.
no XIII Veux-tu m’épouser ? Tirage pigmentaire sur papier baryté, 90 × 60 cm, 2026 Collection particulière — pièce unique
Elle a dit oui.
Neuf ans après la bague posée sur l’évier
Et la fameuse bague
Celle-là, elle la porte.
Et maintenant
Cérémonie
—
lieu à préciser
Vin d’honneur
—
lieu à préciser
Soirée
—
lieu à préciser
Votre réponse
Une réponse par foyer suffit.
C’est noté